11 février 2022 – DANS Le Parisien THIBAULT LANXADE : PARTAGE DE LA VALEUR – AUGMENTATION DU POUVOIR D’ACHAT – Bénéfices des entreprises du CAC 40 : « Il est temps d’associer les collaborateurs à un meilleur partage de la valeur »

Thibault Lanxade, chef d’entreprise, chargé par le gouvernement d’une mission sur la participation et l’intéressement, prône un meilleur partage des bénéfices des entreprises.

2021, année record pour les entreprises du CAC 40. En pleine crise sanitaire, TotalEnergies a annoncé ce jeudi un bénéfice gigantesque de 14 milliards d’euros. Les profits grimpent à 12 milliards d’euros pour LVMH (propriétaire du Parisien), 9,5 milliards pour BNP Paribas et environ 5 milliards pour la Société Générale et le Crédit agricole. De quoi promettre des dividendes alléchants pour les actionnaires.

Mais quid des salariés ? Pour Thibault Lanxade, chef d’entreprise et ancien vice-président du Medef, il est urgent de mieux redistribuer la performance des entreprises aux salariés. Missionné par le gouvernement pour faire la promotion de la participation et de l’intéressement auprès des TPE-PME, encore peu enclines à proposer ces dispositifs d’épargne salariale, il invite aussi les grands groupes à faire des efforts.

Les grandes entreprises enregistrent d’excellents résultats. Les salariés en profitent-ils assez ?

THIBAULT LANXADE. Il devrait y avoir plus de 150 milliards d’euros de bénéfices en 2021 pour les entreprises du CAC 40. Dans le contexte actuel, on peut se féliciter de leur performance. Après, sur ces 150 milliards, 66 milliards d’euros environ vont être versés au titre de dividendes aux actionnaires. Et en parallèle, 21 milliards seront donnés au titre de l’intéressement, de la participation et de l’abondement aux salariés. Je ne pointe pas du doigt les entreprises et je m’insurge des petites phrases, en pleine campagne présidentielle, où l’on dit que l’on spolie les collaborateurs à travers les dividendes. Mais je pense qu’il est temps d’associer les collaborateurs à un meilleur partage de la valeur.

Le problème de la participation, c’est que, même si elle est très juste intellectuellement, la formule est horriblement compliquée. Elle ne permet pas à un chef d’entreprise de voir tout de suite ce que cela représente en fin d’année. Ce que je propose au gouvernement, c’est de traduire la participation dans un pourcentage du résultat net de l’entreprise, avec un plafond et un plancher. Cette formule simplifiée aura, en outre, pour effet de doubler le montant de la participation. Si on veut augmenter le pouvoir d’achat des Français et rendre ce dispositif plus attractif, Il faut également supprimer le forfait social pour les entreprises de plus de 50 salariés.

Combien de salariés en bénéficient ?

Environ 9 millions de salariés du privé sur 19 millions sont concernés par la participation ou l’intéressement. La participation, versée en fonction des résultats, est obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 50 collaborateurs. Mais le gros des TPE-PME n’est pas pourvu de ce dispositif. Je pense qu’il faut la rendre obligatoire dès 11 salariés. Pour l’intéressement, qui n’est pas obligatoire et versé en fonction d’objectifs définis, c’est un chantier qu’il faut reprendre.

Il y a une responsabilité qui incombe aux partenaires sociaux car c’est à eux de proposer des accords type qui peuvent s’appliquer de manière unilatérale dans les PME. Sur les 220 branches professionnelles, moins d’une trentaine a négocié un accord.

Quand on voit les bénéfices records de TotalEnergies, la redistribution aux salariés est-elle à la hauteur ?

Je ne sais pas exactement ce qui est versé aux collaborateurs de TotalEnergies. Mais la grande majorité des entreprises du CAC 40 réalise en général de très bons résultats à l’étranger et pas forcément en France. Pour ce qui est de TotalEnergies, ses bénéfices proviennent essentiellement de la production et de l’exploration à l’étranger. Du coup, au titre de ses activités en France, la participation n’est probablement pas très élevée. Mais l’entreprise peut compenser avec un plan d’intéressement. Et chez Total, c’est l’un des plus attractifs de France !

La loi Pacte de 2019 n’est pas parvenue à rendre la participation et l’intéressement attractifs. Emmanuel Macron est-il prêt à récupérer vos propositions s’il est candidat ?

Pendant deux ans, les entrepreneurs ont été préoccupés par la survie de leur entreprise et le maintien des emplois, pas par le partage de la valeur. Je crois que simplifier la formule de la participation fait consensus. Auprès de la majorité des candidats. C’est un dispositif qui sera mis en place d’une manière ou d’une autre dans la prochaine mandature.

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