8 mars 2024 – Opinion parue dans Les Echos » | Egalité femmes/hommes : appliquez les lois et les quotas

« Sans quotas, pas de parité », constatent Marlène Schiappa et Marie-Jo Zimmermann, qui, dans l’attente que la parité soit enfin naturelle en entreprise, appellent à appliquer ce « mal nécessaire ».

L’ancienne secrétaire d’Etat Marlène Schiappa et l’ancienne député Marie-Jo Zimmermann en 2020. SDP

«En matière d’égalité, une loi peut demeurer lettre morte si elle ne comporte pas des dispositions contraignantes et s’il n’y a pas un suivi de sa mise en oeuvre.» 

Par Marlène Schiappa (Ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur de France, chargée de la Citoyenneté), Marie-Jo Zimmermann (ancienne députée, coauteure de la loi Copé-Zimmermann sur les quotas de femmes dans
les conseils d’administration)

Publié le 8 mars 2024 à 10:30 – Les Echos

L’indépendance économique des femmes est indispensable pour qu’il y ait une réelle égalité femmes/hommes. Aucune femme ne peut facilement claquer la porte de chez elle pour fuir un conjoint violent si elle ne possède pas les moyens de son indépendance. Impossible de s’émanciper de toute forme d’emprise ou de domination sans disposer de ses propres ressources.

Ce fut le combat de milliers de femmes et d’associations qui, année après année, grâce à leur engagement, ont permis à la France de se doter d’un arsenal législatif très favorable et sans cesse renforcé. Citons entre autres :
toutes les lois sur l’égalité salariale ; la loi Copé-Zimmermann , qui, en 2011, a créé les quotas de femmes à la tête des conseils d’administration et de surveillance des entreprises ; la présidence française du G7, en 2019, qui a
donné lieu à un bouquet législatif international de référence ; les lois issues du Grenelle des violences conjugales, qui ont protégé l’émancipation économique des femmes ; l’index Pénicaud, la loi Castaner-Rixain qui étend le principe du
quota aux comex et codir… Toutefois, en matière d’égalité, une loi peut demeurer lettre morte si elle ne comporte pas des dispositions contraignantes et s’il n’y a pas un suivi de sa mise en oeuvre.

Contraindre

Aujourd’hui, si la France se classe en tête de la féminisation des conseils d’administration, c’est grâce au suivi, à l’évaluation et à la médiatisation de la loi Copé-Zimmermann, mais aussi grâce à son caractère contraignant : une décision prise par un CA non paritaire est tout simplement considérée comme nulle. Pour autant, dix ans après, il y a toujours aussi peu de femmes à la direction des entreprises du CAC 40 et encore trop de femmes isolées dans les
autres organes de gouvernance. C’est la démonstration de ce que, sans quota, il n’y a aucun ruissellement en matière de parité.

Certains prétendent que « seule la compétence compte » pour recruter un patron chef d’entreprise. Comment expliquer alors que, dans 38 entreprises sur 40 du CAC, la compétence ne serait que du côté des hommes ? La vérité, c’est que des femmes ont été et sont encore écartées des responsabilités parce qu’elles sont des femmes ! Présomption d’incompétence, double standard, jugements sur leur vie privée ou leur apparence, peur de les voir accaparées par la maternité, misogynie en sont des raisons. Exigences répondant à des codes et à des cultures d’entreprise trop masculines en sont d’autres.

Autocensure

« Les femmes s’autocensurent », dit-on. C’est vrai ! Mais pourquoi ? Entre les stéréotypes négatifs affublés aux « ambitieuses », et l’incapacité de nombreuses structures à repérer le harcèlement sexuel ou les agissements
sexistes, les conditions ne sont pas toujours réunies pour garantir des évolutions sereines aux femmes !

Toute la société s’est enfin réveillée sur les violences perpétrées contre les femmes : les violences physiques, sexuelles, les violences quotidiennes du harcèlement de rue, que la France est la première à pénaliser depuis la loi Schiappa du 3 août 2018. Ainsi l’émancipation économique des femmes est également liée au combat contre les violences.

Ceux qui prétendent que les quotas sont humiliants pour les femmes n’ont sans doute jamais connu la véritable humiliation qui est celle d’être discriminée à l’embauche ou à la promotion. Sans quotas, pas de parité. Les quotas sont un mal nécessaire. Nous rêvons du jour où nos lois et nos politiques publiques auront atteint leur objectif et seront alors devenues inutiles. En attendant, nous exigeons de les voir appliquées !

Marlène Schiappa, ancienne ministre, est associée du cabinet Tilder, auteure des « Droits des femmes au travail » (Dalloz)

Marie-Jo Zimmermann est ancienne députée, coauteure de la loi Copé-Zimmermann sur les quotas de femmes dans les conseils d’administration.

Marlène Schiappa et Marie-Jo Zimmermann

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